Rentrée scolaire difficile : comprendre ce qui se joue

Rentrée scolaire difficile : stress, anxiété, organisation ou évitement. Comprendre les signes pour mieux accompagner enfants et adolescents avec sérénité !

SCOLARITÉ ET APPRENTISSAGES

Lina Migliore

4/9/20269 min temps de lecture

La rentrée est souvent présentée comme un nouveau départ : nouvelle classe, nouvel emploi du temps, nouvelles fournitures, nouvelles résolutions. Pourtant, pour certains enfants, adolescents et jeunes adultes, elle représente surtout une période importante de réadaptation.

Reprendre un rythme, retrouver les exigences scolaires, gérer les devoirs et les horaires, s’adapter à une nouvelle classe, renouer avec les relations sociales ou encore commencer des études supérieures mobilise simultanément de nombreuses ressources.

Une rentrée difficile ne signifie donc pas nécessairement qu’un jeune « n’aime pas l’école », qu’il manque de volonté ou qu’il doit simplement « se remettre au travail ».

Derrière une difficulté scolaire peuvent se rencontrer de l’anxiété, une surcharge émotionnelle, des difficultés d’organisation, une perte de confiance, des difficultés relationnelles ou encore des fonctions exécutives qui peinent à répondre aux exigences du moment.

L’enjeu consiste alors moins à faire disparaître rapidement le problème qu’à comprendre ce qui rend actuellement l’adaptation difficile.

Quand « il ne veut pas » signifie parfois « il n’y arrive pas encore »

Face à un jeune qui tarde à commencer ses devoirs, oublie régulièrement son matériel, repousse son travail ou semble incapable de s’organiser, l’interprétation est facilement motivationnelle :

« Il pourrait le faire s’il le voulait. »

Pourtant, se mettre au travail nécessite bien davantage que de la motivation.

Il faut notamment pouvoir garder des informations en mémoire, inhiber certaines distractions, adapter son comportement lorsque la situation change ou encore maintenir un objectif en tête. Ces capacités font notamment intervenir les fonctions exécutives, parmi lesquelles la mémoire de travail, le contrôle inhibiteur et la flexibilité cognitive.

Cela invite à porter un autre regard sur certaines situations.

Un jeune qui reste vingt minutes devant son bureau sans parvenir à commencer n’est pas nécessairement paresseux. La difficulté peut être de savoir par où commencer, de percevoir une tâche comme trop importante ou de ne pas parvenir à organiser mentalement les différentes étapes.

Quelques pistes concrètes

L’objectif n’est pas de faire à sa place, mais de lui apporter temporairement une structure qu’il pourra progressivement s’approprier.

On peut par exemple :

  • remplacer « Fais tes devoirs » par une première action précise : « Ouvre ton journal de classe et regarde ce qu’il y a pour demain » ;

  • fractionner un travail important en plusieurs petites étapes ;

  • utiliser une checklist plutôt que répéter oralement les mêmes consignes ;

  • prévoir un endroit fixe pour le matériel important ;

  • commencer par une courte période de travail lorsqu’une longue séance paraît insurmontable ;

  • inscrire les échéances dans un calendrier visible ;

  • demander « Quelle est la toute première chose à faire ? » plutôt que « Pourquoi tu ne commences pas ? ».

Chez les adolescents et les jeunes adultes, il peut aussi être utile de planifier à rebours : partir de la date d’un examen ou de remise d’un travail, puis déterminer les différentes étapes nécessaires pour y arriver.

Le but n’est pas de contrôler davantage. Il est de rendre la tâche suffisamment claire pour permettre au jeune de reprendre progressivement la main.

Le stress scolaire ne ressemble pas toujours à du stress

Tous les enfants ou adolescents anxieux ne disent pas : « Je suis anxieux. »

Une difficulté liée à l’école peut aussi s’accompagner d’irritabilité, de pleurs, de plaintes physiques, de troubles du sommeil, d’évitement ou d’un besoin important d’être rassuré.

Cela ne signifie évidemment pas que chaque mal de ventre avant l’école révèle un trouble anxieux.

Ce sont notamment la répétition, l’intensité, le contexte et les conséquences sur le fonctionnement quotidien qui méritent d’être observés.

La littérature sur le refus scolaire montre d’ailleurs que ces situations sont complexes : une revue systématique a identifié de nombreux facteurs individuels, sociaux et contextuels différenciant les jeunes présentant un refus scolaire de leurs pairs, avec une place importante des manifestations anxieuses et des besoins d’apprentissage.

Plutôt que de demander uniquement :

« Pourquoi tu ne veux pas aller à l’école ? »

il peut être intéressant d’explorer :

Quand est-ce le plus difficile ?

Le dimanche soir ? Au réveil ? Devant l’école ? Lors des évaluations ?

Existe-t-il des moments où cela se passe mieux ?

Avec certains enseignants ? Certaines matières ? Certains camarades ?

Qu’est-ce qui inquiète réellement le jeune ?

Échouer ? Être interrogé ? Être jugé ? Être seul ? Ne pas comprendre ? Faire une erreur devant les autres ?

La question devient alors :

« Qu’est-ce qui rend l’école difficile pour toi en ce moment ? »

Le piège de l’évitement

Lorsqu’une situation génère de l’anxiété, vouloir l’éviter est compréhensible.

Une présentation orale m’angoisse → je l’évite → mon anxiété diminue.

À court terme, l’évitement apporte donc un soulagement. Mais lorsqu’il devient systématique, il peut limiter les occasions de faire l’expérience que certaines situations difficiles peuvent progressivement être affrontées.

Cela ne signifie absolument pas qu’il faille forcer brutalement un enfant anxieux.

Entre :

« Tu n’iras plus puisque cela t’angoisse »

et

« Tu y vas et tu te débrouilles »,

il existe de nombreuses possibilités intermédiaires.

Une question utile peut être :

« Quelle serait aujourd’hui une étape difficile, mais faisable ? »

Selon la situation, cela peut signifier demander de l’aide à un enseignant, reprendre progressivement certaines activités, préparer davantage une situation anxiogène ou fractionner un objectif en étapes successives.

L’objectif est de trouver un niveau de défi suffisamment sécurisant pour être possible, tout en permettant au jeune d’expérimenter progressivement ses propres capacités.

Parents : aider sans faire systématiquement à la place

Lorsqu’un enfant souffre, vouloir diminuer sa détresse est une réaction parentale naturelle.

Un parent peut alors rassurer beaucoup, répondre à sa place, modifier l’organisation familiale, anticiper les difficultés ou permettre l’évitement de certaines situations anxiogènes.

Dans la littérature scientifique, on parle notamment d’accommodation familiale lorsque l’entourage modifie son propre comportement en réponse aux manifestations anxieuses de l’enfant.

Une méta-analyse retrouve une association positive modérée entre l’importance de cette accommodation et la sévérité de l’anxiété pédiatrique. Il s’agit bien d’une association : cela ne signifie ni que les parents créent l’anxiété de leur enfant, ni qu’aider son enfant est problématique en soi.

La question intéressante devient plutôt :

« Mon aide lui permet-elle progressivement de faire davantage par lui-même ou devient-elle indispensable pour qu’il puisse affronter la situation ? »

Par exemple, on peut progressivement passer de :

« Je vais expliquer à ta place. »

à :

« Je reste avec toi pendant que tu l’expliques. »

puis :

« On prépare ensemble ce que tu veux dire et tu essaies ? »

L’objectif : sécuriser sans systématiquement se substituer.

Et si « Tu as eu combien ? » n’était pas toujours la meilleure question ?

Les résultats scolaires comptent. Mais l’expérience d’un jeune à l’école ne se résume pas à ses notes.

Se sentir appartenir à son environnement scolaire, avoir des relations significatives et percevoir du soutien sont également des dimensions importantes.

Une revue systématique portant sur les jeunes de 14 à 24 ans a examiné 34 études longitudinales et deux études d’intervention. La majorité des études longitudinales retrouvait une relation protectrice entre un plus fort sentiment de connexion à l’école et les symptômes dépressifs et/ou anxieux. Les auteurs soulignent cependant que davantage d’études d’intervention sont nécessaires avant d’établir clairement les liens de causalité.

Cela invite à élargir certaines conversations.

À côté de :

« Tu as eu combien ? »

« Tu as des devoirs ? »

on peut demander :

« Tu te sens bien dans ta classe ? »

« Avec qui as-tu passé la récréation ? »

« Quel a été le meilleur moment de ta journée ? »

« Quel moment a été le plus difficile ? »

« Y a-t-il quelqu’un à l’école vers qui tu pourrais aller si ça ne va pas ? »

Ces questions donnent accès à une partie de la vie scolaire que les notes ne racontent pas.

Avant de tout réorganiser : revenir aux fondamentaux

Lorsqu’une rentrée se complique, la tentation peut être de construire immédiatement un planning extrêmement détaillé.

Pourtant, certains fondamentaux méritent d’être examinés en premier.

Le sommeil en fait partie.

Une méta-analyse portant sur les enfants et adolescents a retrouvé des associations significatives, bien que modestes, entre performances scolaires et durée du sommeil, qualité du sommeil et somnolence diurne.

Il n’est cependant pas nécessaire de révolutionner toute l’organisation familiale en quelques jours.

Quelques ajustements simples peuvent être testés :

  • retrouver progressivement des horaires de lever et de coucher réguliers ;

  • préparer le sac et les vêtements la veille lorsque les matins sont difficiles ;

  • préserver un temps de décompression après l’école ;

  • éviter de remplir systématiquement chaque moment libre ;

  • identifier avec le jeune ce qui lui permet réellement de récupérer ;

  • modifier une ou deux habitudes à la fois plutôt que tout simultanément.

Mieux vaut une organisation simple qui tient dans le temps qu’un planning parfait abandonné après quatre jours.

Et après le secondaire ?

Les difficultés d’organisation ne disparaissent évidemment pas à 18 ans.

L’entrée dans les études supérieures peut au contraire rendre certaines fragilités beaucoup plus visibles.

Le jeune adulte doit gérer davantage d’autonomie : organiser ses horaires, anticiper des échéances éloignées, décider quand travailler, hiérarchiser ses priorités et maintenir son effort avec beaucoup moins de structure extérieure.

Lorsqu’un étudiant dit :

« Je procrastine tout le temps »,

il peut donc être intéressant de dépasser cette étiquette.

À quel endroit précis le processus bloque-t-il ?

Est-il difficile de :

  • commencer ?

  • choisir par quoi commencer ?

  • estimer le temps nécessaire ?

  • comprendre la consigne ?

  • maintenir l’effort ?

  • ou accepter qu'un travail ne soit pas parfait ?

La stratégie dépendra de la réponse.

Une piste particulièrement simple consiste à externaliser ce que l’on essaie de garder mentalement : utiliser un calendrier unique, inscrire les échéances, définir quelques priorités quotidiennes et découper les gros travaux en étapes intermédiaires.

Quand envisager de demander de l’aide ?

Quelques journées difficiles au moment de la rentrée ne constituent pas nécessairement un problème psychologique.

Il est davantage pertinent d’observer l’évolution de la situation et son retentissement.

Une attention particulière peut être utile lorsque les difficultés persistent ou s’intensifient, provoquent une souffrance importante, entraînent des absences ou des évitements répétés, perturbent nettement la vie familiale ou le sommeil, affectent les relations ou la confiance en soi, ou empêchent progressivement le jeune d’avancer malgré ses efforts.

Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation soit complètement bloquée pour demander un avis.

Consulter ne signifie d'ailleurs pas nécessairement s’engager dans une longue thérapie. Les premières rencontres peuvent permettre de mieux comprendre le fonctionnement du jeune, d’identifier ce qui contribue actuellement à ses difficultés et de déterminer les ajustements les plus pertinents.

5 questions pour faire le point sur cette rentrée

Avant de conclure à un « manque de motivation », il peut être intéressant d’explorer cinq dimensions.

1. Les émotions

Comment le jeune se sent-il avant, pendant et après l’école ?

2. Les relations

Se sent-il à sa place ? A-t-il des personnes auprès desquelles il se sent en sécurité ?

3. L’organisation

Sait-il ce qu’il doit faire, quand le faire et surtout comment commencer ?

4. Le corps et la récupération

Comment sont son sommeil, sa fatigue et son niveau d’énergie ?

5. L’évitement

Y a-t-il progressivement davantage de situations qu’il cherche à éviter ?

Cette petite photographie du quotidien apporte souvent davantage d’informations que la seule question :

« Est-ce que ta rentrée se passe bien ? »

En conclusion

Une rentrée compliquée ne raconte pas toujours une histoire de motivation.

Elle peut révéler un jeune qui cherche encore comment s’organiser, qui ne trouve plus sa place dans son environnement scolaire, qui anticipe l’échec, qui évite certaines situations pour diminuer son anxiété ou qui doit apprendre à fonctionner avec davantage d’autonomie.

L’objectif n’est alors ni de tout faire à sa place, ni de le laisser seul face à ses difficultés.

Il s’agit plutôt de comprendre ce qui bloque, d’apporter le soutien nécessaire et de permettre progressivement au jeune de retrouver ses propres capacités d’action.

Références scientifiques

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J’accompagne au sein de mon cabinet à Hornu les enfants, adolescents et jeunes adultes autour des difficultés émotionnelles, scolaires, relationnelles et organisationnelles. Un accompagnement en guidance parentale et familiale peut également être proposé.

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