Usage excessif des écrans : comment réagir ?

Usage excessif des écrans chez les enfants et adolescents : comment repérer les signes et trouver un équilibre durable ? Conseils d'une psychologue à Hornu.

Lina Migliore

10/10/20267 min temps de lecture

Comprendre nos habitudes numériques, leurs effets possibles et comment retrouver un équilibre sans culpabiliser.

« Encore cinq minutes ! »

Cette phrase vous semble familière ? Elle revient lorsqu'un enfant doit arrêter sa tablette, lorsqu'un adolescent est en pleine partie de jeu vidéo ou qu'il est temps de poser son téléphone.

Mais les adultes ne sont pas épargnés. Qui n'a jamais ouvert une application pour regarder rapidement quelque chose, avant de réaliser que vingt minutes se sont écoulées ?

Les écrans font partie de notre quotidien. Ils nous divertissent, nous permettent de communiquer, d'apprendre, de travailler ou simplement de nous détendre. Ils peuvent aussi devenir une source de tensions, de préoccupations ou d'habitudes difficiles à modifier.

Alors, comment savoir si les écrans prennent trop de place ? Et pourquoi est-il parfois si compliqué de s'en détacher ?

1. Le temps d'écran ne raconte pas toute l'histoire

Lorsqu'on parle des écrans, la première question est souvent : « Combien de temps ? »

Pourtant, deux heures passées à jouer avec des amis, à discuter sur les réseaux sociaux ou à regarder des vidéos tard le soir ne correspondent pas nécessairement aux mêmes expériences.

Ce que nous faisons sur les écrans, le moment où nous les utilisons et les conséquences sur notre quotidien ont également leur importance.

Les recherches scientifiques invitent d'ailleurs à la nuance.

Une synthèse de 25 revues scientifiques réalisée par Valkenburg et ses collègues (2022) montre que les liens entre l'utilisation des réseaux sociaux et la santé mentale des adolescents sont généralement faibles ou variables selon les études.

Cela ne signifie pas que les écrans sont sans conséquences. Mais il serait réducteur de considérer que toute utilisation prolongée est automatiquement problématique.

La question n'est donc pas uniquement de savoir combien de temps nous passons devant un écran, mais aussi quelle place il occupe dans notre vie.

2. Pourquoi est-il parfois si difficile de décrocher ?

Une vidéo se termine et une autre commence. Une notification attire notre attention. Une partie de jeu vidéo s'achève, mais un nouvel objectif apparaît.

Certains environnements numériques proposent une succession d'activités et de sollicitations qui peuvent rendre leur interruption difficile.

Mais si ces activités nous attirent, ce n'est pas uniquement en raison de leur fonctionnement.

Elles peuvent également nous apporter quelque chose d'important.

Un enfant peut apprécier sa tablette parce qu'elle lui offre un moment de divertissement après une journée chargée.

Un adolescent peut retrouver dans un jeu en ligne un espace de partage avec ses amis, où il coopère, échange et relève des défis.

Un jeune adulte peut consulter les réseaux sociaux pour se détendre, suivre l'actualité de ses proches ou simplement faire une pause.

Les jeux vidéo peuvent d'ailleurs offrir des expériences positives sur les plans cognitif, émotionnel, motivationnel et social, comme le soulignent Granic et ses collègues (2014).

Derrière un usage numérique, il peut donc y avoir du plaisir, du lien social, un besoin de détente ou simplement une habitude bien installée.

Comprendre ce que nous recherchons dans ces activités peut être plus utile que de considérer immédiatement la difficulté à s'arrêter comme un manque de volonté.

3. Usage intensif ou usage problématique : quelle différence ?

C'est une distinction essentielle.

Un adolescent passionné de jeux vidéo peut y consacrer beaucoup de temps tout en conservant des relations satisfaisantes, des activités variées et un quotidien qui lui convient.

À l'inverse, une utilisation moins longue peut devenir préoccupante lorsqu'elle s'accompagne de difficultés persistantes.

Dans un article consacré aux addictions comportementales, Kardefelt-Winther et ses collègues (2017) mettent justement en garde contre le risque de pathologiser des activités ordinaires simplement parce qu'elles sont fréquentes.

Ce qui mérite davantage d'attention, ce sont notamment les conséquences concrètes.

Par exemple, lorsque :

  • les conflits autour des écrans se répètent et fragilisent les relations familiales ;

  • l'utilisation se prolonge régulièrement au détriment du sommeil ;

  • des activités importantes sont progressivement délaissées ;

  • la personne éprouve une difficulté persistante à réguler son usage, malgré son souhait de le modifier.

Ces éléments ne constituent pas un diagnostic. Ils invitent plutôt à mieux comprendre la situation.

Le sommeil offre d'ailleurs un exemple intéressant. Une méta-analyse publiée en 2026 dans JAMA Pediatrics a observé une petite association entre davantage de temps d'écran et un endormissement plus tardif chez les jeunes. En revanche, elle n'a pas retrouvé d'association significative avec plusieurs autres indicateurs du sommeil dans ses analyses principales.

Les effets ne sont donc ni automatiques ni identiques pour chacun. C'est le retentissement réel sur le quotidien qui doit guider notre réflexion.

4. Et si les écrans devenaient aussi un sujet de dialogue familial ?

Lorsqu'un enfant refuse d'arrêter sa console ou qu'un adolescent souhaite garder son téléphone à table, les discussions peuvent rapidement devenir tendues.

Du côté des parents, il y a parfois l'impression de devoir répéter sans cesse les mêmes consignes. Du côté des jeunes, les limites peuvent être vécues comme incompréhensibles ou injustes.

Pourtant, il n'est pas nécessaire de choisir entre tout autoriser et tout interdire.

Une revue scientifique portant sur 32 études, publiée par Liu et ses collègues (2024), souligne l'importance de la qualité des relations familiales et des pratiques parentales dans les liens entre usages numériques et santé mentale des adolescents. Les études étant principalement observationnelles, elles ne permettent toutefois pas d'établir une méthode universelle.

Dans la pratique, s'intéresser à ce qu'un enfant aime dans son jeu, expliquer le sens d'une limite ou construire certains repères ensemble peuvent constituer des pistes à explorer.

Cela ne signifie pas que les règles doivent toujours être négociées. Un enfant de 7 ans et un adolescent de 16 ans n'ont pas les mêmes besoins d'accompagnement ni la même autonomie.

Et les parents aussi ont leurs propres habitudes numériques, souvent liées à leurs obligations et aux contraintes du quotidien.

L'objectif n'est donc pas de devenir une famille parfaite, mais de chercher un cadre cohérent, réaliste et évolutif.

5. Comment retrouver un équilibre plus serein ?

Avant de modifier les habitudes, il peut être utile de commencer par les observer.

À quels moments les écrans deviennent-ils difficiles à gérer ?

Est-ce au moment d'arrêter une partie ? Lorsque l'on se retrouve seul ou que l'on s'ennuie ? Le soir, quand une dernière vidéo repousse progressivement l'heure du coucher ?

Identifier ces situations permet d'éviter de vouloir tout changer à la fois.

Chez les plus jeunes, des repères prévisibles peuvent être essayés : annoncer la fin d'une activité, utiliser un minuteur visuel ou prévoir clairement ce qui vient ensuite.

Avec les adolescents, il peut être intéressant de discuter des usages qui leur tiennent à cœur, tout en expliquant les limites liées au sommeil, aux activités familiales ou aux autres besoins du quotidien.

Pour les jeunes adultes, la réflexion peut davantage porter sur les habitudes automatiques : consulter son téléphone sans intention précise, prolonger une activité alors qu'on souhaitait s'arrêter ou avoir du mal à préserver certains moments de repos.

Un petit ajustement peut constituer un point de départ : désactiver certaines notifications, décider d'un moment pour poser son téléphone ou réserver davantage de place à une activité appréciée.

Ces propositions ne sont pas des recettes garanties. Elles sont à adapter aux personnes, à leur âge et aux difficultés rencontrées.

Retrouver un équilibre ne signifie pas nécessairement supprimer les écrans, mais pouvoir choisir davantage la place qu'on souhaite leur donner.

Pour conclure : comprendre avant de juger

Les écrans font partie de notre environnement et peuvent enrichir notre quotidien. Mais certaines habitudes peuvent aussi devenir difficiles à réguler ou générer des tensions.

Plutôt que de chercher une durée idéale valable pour tout le monde, il est souvent plus pertinent de s'interroger sur nos usages, leurs fonctions et leurs conséquences.

Pour les parents, cela implique de pouvoir maintenir un cadre tout en restant à l'écoute.

Pour les adolescents et les jeunes adultes, il s'agit progressivement de développer une meilleure connaissance de leurs habitudes et de leur propre équilibre.

Et lorsque les difficultés persistent, il peut être utile de prendre du recul et de chercher ensemble ce qui pourrait être ajusté.

L'objectif n'est pas d'avoir une relation parfaite aux écrans, mais de préserver de la place pour les autres dimensions importantes de notre vie.

Et si les écrans sont devenus une source de tensions ?

Je suis Lina Migliore, psychologue et orthopédagogue clinicienne, au cabinet ANEA Psychologie à Hornu.

J'accompagne les enfants de 5 à 11 ans, les adolescents, les jeunes adultes jusqu'à 23 ans ainsi que les parents en guidance parentale.

Lorsque les habitudes numériques s'accompagnent de tensions familiales, de difficultés émotionnelles ou d'organisation du quotidien, nous pouvons prendre le temps de comprendre ce qui se joue et de réfléchir ensemble à des pistes adaptées.

Références scientifiques

  • Valkenburg, P. M., Meier, A., & Beyens, I. (2022). Social media use and its impact on adolescent mental health: An umbrella review of the evidence. Current Opinion in Psychology, 44, 58–68. Consulter

  • Granic, I., Lobel, A., & Engels, R. C. M. E. (2014). The benefits of playing video games. American Psychologist, 69(1), 66–78. Consulter

  • Kardefelt-Winther, D., et al. (2017). How can we conceptualize behavioural addiction without pathologizing common behaviours? Addiction, 112(10), 1709–1715. Consulter

  • Bourke, M., et al. (2026). Within-Person Association Between Daily Screen Use and Sleep in Youth: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Pediatrics, 180(5), 500–509. Consulter

  • Liu, X., Liu, J., Flores, D. D., & McDonald, C. C. (2024). Family factors related to adolescent screen media use and mental health outcomes: A systematic review and recommendation for practices. Journal of Adolescence, 96(7), 1401–1427. Consulter

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